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FOcom Poste 06

Consternant : Vingt ans de souffrance en poste restante…

6 Juillet 2011, 08:59am

Publié par FOcom Poste 06

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Michèle a fini par crever l'abcès, de peur de finir... timbrée.

ARDENNES. Son calvaire a duré 20 ans. A bout, cette employée de La Poste a décidé de saisir le conseil des prud'hommes. Un récit consternant.

VINGT ans. Autant dire une éternité. Michèle* a souffert pendant vingt ans. Avant de dire stop.

Elle vient de saisir le conseil des prud'hommes de Charleville afin d'obtenir une rupture de contrat au tort de l'employeur (et les indemnités en découlant). Cet employeur, c'est La Poste.

Quand Michèle est embauchée en 1991 fraîchement diplômée d'un BTS « force de vente », elle signe un contrat de « conseiller financier ».

La date n'est pas anodine : elle est alors l'une des toutes premières « salariées » de droit privé à intégrer un service public où l'essentiel des agents relève de la fonction publique.

Toujours est-il que les choses se passent bien.

Au début.

Mais Michèle a le tort (c'est une figure de style) de devenir maman.

A son retour de congé maternité, tout bascule. Elle ne peut réintégrer son ancien poste. Elle passe guichetière et bientôt agent au centre de tri en 2 X 8. Des fonctions qui n'ont rien de dégradantes mais sans rapport avec sa qualification et l'indice qui était le sien. Elle y reste deux ans et demi jusqu'à ce qu'un syndicaliste se saisisse de ce cas évidemment anormal.

En avril 1995, Michèle est nommée sur un poste d'assistante commerciale dans un bureau du chef-lieu. Un courrier en atteste. Mais trois jours plus tard, la proposition est « suspendue ». Une fronde des postiers fonctionnaires « historiques » qui se sont insurgés contre l'arrivée d'une « salariée » a eu raison de la bonne volonté de la direction.

En échange, Michèle devient « aide administrative » dans une petite ville de la Vallée. Puis bientôt « assistante commerciale ». Ce n'est pas le paradis, mais c'est déjà plus en rapport avec son potentiel et ses états de service. Même si curieusement la direction lui demande de passer un BEP option « banque » alors qu'elle est déjà titulaire d'un bac +2.

Indice yo-yo

Et bientôt elle devient « mobile », obligée de couvrir un secteur élargi sur ce qu'on peut appeler les « Trois Vallées » (Nouzonville, Bogny, Monthermé…).

Michèle obtempère. « Mais j'ai fini par demander une disponibilité, c'était devenu ingérable. »

Une première alerte sérieuse… Mais elle ne se décourage pas. Elle reprend bientôt comme conseiller financier au chef-lieu. Ouf !

Une nouvelle fois, elle a donc le sentiment qu'une page a été tournée et que bientôt, ces vicissitudes ne seront plus que mauvais souvenirs. Cependant, en 1999, Michèle donne naissance à un second enfant. Quelle idée, décidément, ces femmes, de vouloir travailler et d'être aussi mères de famille !

A son retour, changement de poste. Direction la Vallée. Et là, c'est la cata. « Je ne saurais jamais pourquoi, mais ma supérieure hiérarchique m'a prise en grippe. Peut-être parce que j'avais refusé de pister mes collègues, de les surveiller, comme elle me l'avait demandé ? Toujours est-il que j'ai dès lors subi toutes sortes de tracasseries.

J'étais devenue son souffre-douleur. » Et puis un jour, cette supérieure est mutée. Ouf, pense Michèle. Sauf que réorganisation de l'entreprise oblige, son métier évolue et d'assistante commerciale, elle devient « gestionnaire clientèle financier ». Et manque de chance, il n'y a pas de poste vacant. Elle retrouve donc les joies du guichet.

Précision qui n'est pas neutre, à chaque fois, au gré des promos et rétrogradations, l'indice de la salariée fait aussi le yo-yo…

« Cassée »

En 2008, suite de ce chemin de croix avec une nomination dans un autre bureau du chef-lieu comme gestionnaire des clients professionnels… Pour cette spécialiste des affaires financières, c'est un retour à la branche courrier. Mais qu'importe, Michèle fait son job. Et le fait bien. Sauf qu'un clin d'œil (?) du destin fait qu'à peine stabilisée, elle apprend qu'est nommée comme sa supérieure cette même cadre qui l'avait malmenée dans la Vallée quelques années plus tôt. « J'ai été laminée. De nouveau dans le collimateur, rien ne m'a été épargné. Jusqu'à être surveillée dans mes faits et gestes par un stagiaire ! On m'a fixé des objectifs inatteignables. On m'a même privé de bureau ! Appelé à me noter, un cadre m'a avoué être obligé de me décerner la mention ''passable''. »

Sur ce, Michèle est arrêtée deux mois et demi. Pour maladie. Elle finit par culpabiliser et se poser des questions. Un psychiatre la rassure : « Vous allez bien, ce sont eux qui vous ont cassée… »

Un directeur décide alors de prendre directement Michèle sous son autorité. Promet un poste à Sedan qui ne viendra jamais. Suggère un bilan de compétence qui s'avère évidemment excellent…

Et puis arrive la nomination dans la Pointe (sur une zone commerciale allant de Monthermé à Givet, avec même une partie en Belgique !). « J'ai ajouté des conditions au contrat et j'ai signé. »

La hiérarchie assimile cela à un refus. Au moment malgré tout de prendre son poste, accompagnée d'un élu syndical, Michèle constate qu'aucun poste de travail n'était prévu, aucun collègue prévenu, aucun ordinateur dont elle ait le code d'accès. « Bref, c'était un poste fictif… »

Nouvel arrêt maladie courant 2010, et cette fois, enclenchement d'une procédure pour harcèlement, en interne. Un outil de prévention qui visiblement connaît des ratés.

Soutenue par Sud, Michèle décide donc de saisir la justice… « Maintenant, l'abcès est crevé, je ne reculerai pas, et ensuite, une page sera tournée. Il est temps que je reconstruise » glisse Michèle. « Il ne reste que la voie prud'homale pour que Michèle retrouve sa dignité. Malgré l'expérience désastreuse de France Telecom, tout tend à démontrer que malheureusement La Poste en prend le chemin… », déplore Sud.

Philippe MELLET Publié le mardi 05 juillet 2011

Source : http://www.lunion.presse.fr

* Prénom d'emprunt.

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