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FOcom Poste 06

Un effort de mémoire : La privatisation de La Poste - L’exemple à ne pas suivre…

3 Juin 2012, 08:02am

Publié par FOcom Poste 06

Le service public, tel que l’esprit républicain l’a défini, repose sur trois piliers :

- l’accès aux services pour tous les citoyens sans distinctions sociales ou géographiques,

- la péréquation tarifaire (consistant à équilibrer le financement d’un secteur déficitaire par un secteur rentable) qui garantit le principe précédent,

- le monopole qui rend hors marché les Services Publics.

Par la loi du 2 juillet 1990, la Poste sort de ce cadre. L’ouverture au capital en est donc la dernière phase de sa privatisation. Par cette loi, première étape, les PTT ont été scindés en deux entreprises : la Poste et France Télécom. Elles sont donc devenues deux établissements publics industriels et commerciaux (EPIC).

Les néolibéraux qui ont érigé en dogme l’idéologie de la concurrence, la partie la plus boboisante du PS [appuyée sur la CFDT et la CFTC] ont participé d’une manière très active à ce bouleversement.

Avant le vote de cette loi, les syndicats [FO et CGT en tête] ont engagé la lutte, mais devant le travail de sape des médias et des cadres, tout acquis à ce qu’ils appelaient « la modernité » n’ont pas réussi à faire basculer la tendance. Ils ont été mal compris des usagers (devenus des clients) et des agents auxquels les dirigeants ont fait miroiter une carrière sans précédent.

Les tenants de l’égalité républicaine (syndicalistes, politiques de gauche, membres d’associations) qui ont vu, dans cette loi et la réforme qui s’en est suivie, UNE BRECHE OUVERTE A TOUS LES ABUS, ont été frappés d’ostracisme, ringardisés.

La Poste aujourd’hui s’appelle « Le Groupe La Poste ». Elle est divisée en quatre entreprises bien distinctes les unes des autres interdisant toute interpénétration:

- le courrier (distribution – acheminement),

- les colis (dont une grande partie a été filialisée puisque hors monopole),

- le réseau grand public (guichets),

- la Banque postale (CCP et autres produits financiers).

Ce démantèlement appelé pompeusement « réforme ambitieuse » a des conséquences désastreuses pour les agents et les usagers. Il constitue la négation même du service public.

Le déroulement des carrières devient incertain, puisqu’il n’y a plus de recrutement de fonctionnaires depuis 1995.Plus de promotion interne; Les cadres et cadres supérieurs sont cooptés dans le privé. Les CDD et intérimaires représentent plus du tiers des employés. Les suppressions de quartiers de distribution se traduisent par le passage tardif des facteurs, dans le meilleur des cas, et très souvent (faute de volant de remplacement) par l’absence de distribution. Dans les centres de tri, le courrier de première catégorie est délaissé au profit de la publicité ; de là découlent donc des délais d’acheminement trop importants. Les colis filialisés sont sous-traités par de petites entreprises non professionnelles, ce qui entraîne un grave disfonctionnement de la confidentialité et de la sécurité. En conséquence le nombre de réclamations est en progression constante (ce fait est minimisé voir même nié par les responsables). Les files d’attente aux guichets sont légion. Quant à la Banque postale, par le fait de sa création, la poste perd son rôle social.

Si l’ouverture au capital de la Poste ne suscite aucune réaction, la situation va s’aggraver ; la main d’œuvre étant la variante d’ajustement qui permet d’affronter la concurrence à moindre coût, à brève échéance, il y aura une suppression massive d’emplois. Partout où la rentabilité sera absente, la présence postale disparaîtra. La dictature de l’actionnaire déshumanisera le service public postal.

Bien sûr, il faut un débat avec l’ensemble des citoyens et des acteurs sociaux qui forment le maillage de solidarité de notre démocratie. Mais ce débat doit porter sur tous les services publics… Dissocier les services publics les uns des autres est une aberration. Tout comme leur but et leur base de fonctionnement, leur mode de substitution par la grande finance est identique : utilisation de moyens fallacieux, d’arguments spécieux, culpabilisation des salariés, retranchement derrière le masque du modernisme, lente mise en œuvre du processus de démantèlement (pour la Poste, du vote de la loi au démantèlement effectif près de dix ans) afin qu’il échappe à toute conscience, à toute réaction, à toute révolte.

C’est ainsi que les choix économiques désastreux imposés par le néolibéralisme, basés sur la marchandisation des biens communs de l’humanité, entraînent des inégalités croissantes parmi les populations tant au niveau mondial qu’à l’échelle du pays. Le désengagement des politiques livre les services publics [base de notre société républicaine] aux requins de la finance et bloque ainsi l’accès aux droits les plus élémentaires pour un grand nombre d’entre nous ; les services publics sont les seuls outils qui permettent de réduire les inégalités. S’il existe des secteurs où l’état ne doit jouer aucun rôle, il y en a, en revanche, où le privé ne doit pas mettre le petit doigt : ce sont les services publics...

Il ne peut y avoir de services publics sans monopole d’état. Celui-ci passe par une redistribution des richesses, par un impôt juste et une économie keynésienne.

Il faut arrêter avec la philosophie teintée « dans le meilleur des cas » de naïveté, mais le plus souvent d’hypocrisie, consistant à dire qu’il est possible de déléguer à une entreprise une mission de services publics (Le devoir d’une entreprise est de faire des bénéfices, comme le devoir d’une nation est de garantir l’égalité des droits aux citoyens) à la moindre difficulté structurelle ou conjoncturelle, l’entreprise « escamote » systématiquement la mission de service public. Les exemples de la Poste et de France Télécom en sont l’illustration.

Les services publics découlent de notre histoire, (…) mis en pratique par les luttes ouvrières et le conseil national de la résistance.

Abandonner les services publics, c’est renier notre histoire, faîte d’humanisme et de solidarité républicaine, c’est laisser aux générations futures une vie où tout est « marchandise » où tout est « marchandage», une vie où les inégalités se creuseront et  créeront encore plus de pauvreté et de détresse (régression de l’accès aux soins, à l’instruction ou simplement à une vie digne et épanouie), en laissant le plus souvent la place à la charité publique et à celle communautariste des religions.

Il n’est pas trop tard, utilisons le contre exemple de la Poste, battons nous pour maintenir et améliorer nos services publics. De notre détermination dépend l’héritage social que nous laisserons aux générations futures...

ALAIN FUENTES

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L
tout est vrai ,hélas .
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